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Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow (2013)

Seule femme couronnée de l’Oscar du Meilleur réalisateur, pour avoir en plus mit en scène un film de mecs avec Démineurs, Kathryn Bigelow revient sous les projecteurs avec un long-métrage dont le sujet créera forcément la controverse. Mais qu’on se le dise, la réalisatrice ne s’est pas lancée dans ce projet pour être la première à pouvoir dessouder ben Laden sur le grand écran. L’ex-femme de James Cameron n’est pas de ceux qui prônent que la fin justifie les moyens, quitte à faire la guerre, emprisonner et torturer à volonté, tout en agitant la bannière étoilée. Bien qu’elle excelle dans les films d’action, Kathryn Bigelow garde un discours partial et toujours situé à la hauteur des personnages que sa caméra suit. À l’origine, le projet était de faire un film sur la traque infructueuse de ben Laden, se terminant sur l’échec de sa capture lors de l’attaque des grottes de Tora Bora. Alors que le scénario était terminé et les premiers repérages pour trouver les décors en train de se faire, l’annonce de la mort de ben Laden est tombée. Pour ne pas jeter tout le travail accompli à la poubelle, Kathryn Bigelow et le scénariste Mark Boal ont repris le film d’origine et ont adapter sa fin aux nouveaux événements.

La traque d'un dès plus grand criminel

Mettre en scène la traque de ben Laden moins d’un an après les faits est pour le coup un projet véritablement casse-gueule. La réalisatrice dissipe doutes et inquiétudes dès son ouverture. Après le long silence dans lequel sont plongés les logos des différentes productions, des voix se font entendre. Une date s’affiche au milieu de l’écran désespérément noir : 11 septembre 2001. Comme pour témoigner de l’overdose télévisée des images de l’attentat du World Trade Center, Kathryn Bigelow s’interdit tout visuel de cette tragédie pour n’en garder que le son. La succession et superposition de ces extraits de conversations téléphoniques tristement familières posent un climat particulièrement oppressant et déstabilisant pour le spectateur plongé dans le noir. La violence des premières images de Zero Dark Thirty nous explosent alors littéralement à la figure. Dans l’un des sites noirs secrets de la CIA, des agents américains encagoulés interrogent un suspect arrêté dont le corps présente déjà de nombreux signes de maltraitance. Kathryn Bigelow nous fait alors un inventaire des différentes techniques de torture utilisées par les forces armées des États-Unis contre les prisonniers djihadistes. Dans cette escalade de l’horreur, on ne sait plus qui mène l’interrogatoire quand la victime en redemande à des bourreaux dégoutés de leur œuvre. Comme on peut le comprendre ce film est loin d'être un film de dessin animé.

Film dark thirty
dark thirty

Un film cémara épaule

Filmé en caméra épaule, rien n’est épargné au suspect comme au spectateur, qui assiste en première loge aux conséquences de l’application de la politique belliciste de George W. Bush. Amalgame ou pas, Kathryn Bigelow va même jusqu’à recréer l’une des images les plus révoltantes de la seconde guerre en Irak où des soldats américains tenaient en laisse des détenus de la prison d’Abu Grahib. À l’époque, ces photos avaient fait le tour du monde. Aujourd’hui, elles hantent encore l’amer souvenir de ce combat pour la liberté et la démocratie. C’est dans ce contexte brutal qu’intervient le personnage de Maya, tenu par Jessica Chastain. Plongé dans ce milieu débordant de testostérone, Maya se présente d’abord comme une figure empathique qui doit s’imposer parmi les hommes. Son regard se détourne parfois devant les atrocités commises, mais son engagement dans ce combat reste détour. Néanmoins, son choix de favoriser une lutte plus psychologique que physique s’avère payant. Son objectif : Abu Ahmed, le messager des chefs d’Al-Qaïda. Lequel pourrait mener la CIA à localiser et capturer chacun d’entre eux.


Kathryn Bigelow

Découpé en grands chapitres datés par les attentats (Londres, Islamabad), le long-métrage entre dans une deuxième phase suivant la piste de ce messager. Pendant que les années défilent, ces agents de la CIA loin de chez eux paraissent impuissants. Bien qu’elle filme les attaques en train de se faire, comme le bus des attentats de Londres de juillet 2005, Kathryn Bigelow maintien la plupart de ces événements à distance, rapportés aux personnages plus à travers la télévision que par leur renseignements officiels. L’arrivée d’Obama à la présidence passe aussi par là et les chamboulements liés au changement d’administration influent aussi sur leur action. Maya, elle, reste la même. Les obstacles et les échecs s’enchainent pour son équipe, avec des conséquences souvent tragiques. Cependant, la piste du messager qui semblait s’être refroidie se ravive. C’est dans cette partie que Zero Dark Thirty perd un peu du rythme qu’il tenait au départ. Un défaut dont la réécriture du projet serait responsable car, progressivement, le film fait alors la transition sur la piste de ben Laden.

Une forteresse

Avant d’en arriver directement à ben Laden, c’est d’abord sa forteresse d’Abbottabad au Pakistan que Maya découvre. Braquant ses satellites dessus jour et nuit et essayant de savoir ce qu’il se cache à l’intérieur, la CIA préfère observer cette étrange bâtisse avant de décider quoi que ce soit. De son équipe, Maya est l’une des dernières à avoir survécu à des représailles d’Al-Qaïda. Elle s’est enfermée dans l’idée de capturer ben Laden, certaine que c’est lui qui se terre dans cette maison. Les jours défilent sans résultats confirmant cette thèse. Maya les comptent au marqueur rouge sur la vitre de son patron (Mark Strong) pour le forcer à réagir. Parvenant à convaincre l’administration du succès d’une opération militaire sur cette forteresse, la CIA prépare alors avec les Navy Seals l’assaut du 2 mai 2011. Passant par la zone 51 et du mythe qu’elle véhicule dans la culture populaire, Maya briefe pour la première fois les soldats qui interviendront sur place, à bord de prototypes d’hélicoptères furtifs. En ouverture, le long-métrage commence avec un carton précisant que son scénario est basé sur des documents et rapports officiels. Pourtant, le degré de secret défense est souvent atteint et l’on est en droit de se demander qu’elle est la part de fiction dans le film de Kathryn Bigelow.

Les trente dernières minutes de Zero Dark Thirty

Les trente dernières minutes de Zero Dark Thirty sont consacrées à l’assaut des Navy Seals. Choix logique bien que particulier, le personnage de Maya n’existe plus le temps de l’opération. Présente dans le poste de commandement de la CIA, elle n’est plus que spectatrice des événements. Au décollage des hélicoptères, les cuivres d’Alexandre Desplat prennent également leur envol. On connaît peut-être la fin, mais c’est la manière qui créé toute la tension de cette séquence remarquablement orchestrée. Pendant le survol de nuit à basse altitude du relief montagneux pakistanais, la réalisatrice fait monter la pression entre une bande originale passant à un rythme plus soutenu et le bruit des rotors de plus en plus pressant. 00:30 ou « zero dark thirty » en jargon militaire américain (signifiant plutôt les dernières heures de la nuit), les Navy Seals mettent le pied à terre autour de la forteresse. Le long-métrage passent quasiment en temps réel pour filmer cette opération où toute musique n’a plus sa place. Pour Démineurs, Kathryn Bigelow avait mis de côté la vision de nuit verdâtre. Pour Zero Dark Thirty, la séquence impose un champ-contre-champ entre des vues en vert à la première personne et des plans de vraie nuit plus généraux. La progression dans la bâtisse minutieusement reconstruite se fait pas à pas, n’omettant aucun détail. Le silence est brisé par les explosions des portes, des cris, des coups de feu échangés, des pleurs d’enfants.

Arrivés au sommet du château, la tension est à son comble. Les Navy Seals en surnombre se gênent presque avant de savoir qui se cache vraiment. Pour la réalisatrice, Oussama ben Laden n’est plus qu’un fantôme. C’est une ombre, une forme dans le noir abattue dans un angle mort. « Jackpot, Géronimo ». Le nom de code pour confirmer que le dernier homme tué est bien le leader d’Al-Qaïda est prononcé alors que l’on prend son visage en photo comme preuve. Alors que la population des alentours se rapproche dangereusement des lieux de l’action, les Navy Seals pillent les documents et disques durs des ordinateurs sur place. On demande un sac mortuaire pour le dernier étage. Les militaires redécollent rapidement chargés d’un corps supplémentaire. Maya l’attend avec impatience pour être certaine que sa tâche est accomplie. Elle qui comptait les jours depuis que la CIA avait trouvé la maison. Maya peut repartir chez elle au petit matin, libre du travail dans lequel elle s’était emprisonnée toutes ces années. Comme son personnage principal, Kathryn Bigelow se débarrasse elle et Hollywood de la mort de ben Laden avec Zero Dark Thirty et pose la barre suffisamment haut pour qu’aucun homme ne puisse aborder à nouveau ce sujet sans un minimum d’intelligence et de savoir-faire.

Banshee, la nouvelle série totalement badass de Cinemax

Banshee est la nouvelle création de la chaine Cinemax, chaine du câble US qui diffuse les séries Strike Back, Hunted ou encore Femmes Fatales, en gros, que des séries de bons gouts. Pour mettre en avant cette dernière, la chaine a fait appel à Alan Ball pour apposer son nom sur la première création de David Schickler et Jonathan Tropper. Mais il ne faut pas se leurrer, Alan Ball n’a rien fait sur la série, ce qui n’est peut-être pas plus mal au final quand on voit la qualité de True Blood.

A noter que les deux créateurs ont aussi scénarisé les 10 épisodes qui composent la première saison, en résulte une cohérence dans l’histoire qui est fort appréciable ainsi que dans le comportement/approfondissement des personnages. Synopsis : Lucas Hood (Antony Starr), un ex-détenu de prison et aussi grand cambrioleur prend l’identité d’un sheriff tué. Tandis que son passé continu de le hanter, il impose une justice aussi radicale que violente à Banshee, ville à forte population Amish.

Autant le dire tout de suite, Banshee ne plaira pas à tout le monde, son style brut de décoffrage et le fait qu’elle s’assume en tant que pure série B bien badass en repoussera plus d’un. Il faut dire que la réalisation en full numérique et le choix de certains cadrages aident beaucoup. En résulte un côté too much et over the top qui se voit totalement assumé. Comme pour les deux autres grosses séries de Cinemax, il n’y a point de fioriture à l’image, pas de filtres à la Hawaii 5-0, pas de bande son hype façon Castle, pas de sur-découpage de l’image ou de Shakycam comme dans Southland, Banshee se veut en quelque sorte la descendante des films façon «Dirty Harry» ou encore «Death Wish», mais avec la touche HBO/Cinemax en plus, à savoir au moins une scène de sexe par épisode, la plupart du temps gratuite et assez inutile.

Le gros problème (surtout présent dans l’épisode pilote mais qui devient beaucoup moins visible dans le second et absent dès le troisième) de la série ne vient pas de sa réalisation ou de sa bande son qui est très bonne, mais plus de son casting. Il n’est pas mauvais en soit, mais il faut avouer que l’on a déjà eu le droit à beaucoup mieux. Par exemple le choix d’Antony Starr dans le rôle principal n’est pas le meilleur qu’il soit; Les gladiateurs de Spartacus sont bien plus expressifs et attachants que lui. Le pire est sans doute Hoon Lee qui se retrouve grimé en asiatique drag queen pro du cyber hacking et des faux papiers. Je doute que l’on puisse faire plus cliché et caricatural comme personnage, surtout que ce dernier débite des fuck toutes les deux phrases. Par contre, le point fort de ce casting vient d’Ulrich Thomsen (Centurion), qui joue le rôle du mafieux du coin, originaire de la communauté Amish de Banshee. C’est ce paradoxe entre ses origines et ce qu’il est maintenant qui donne toute sa saveur au personnage.

Une série pas comme les autres

L’épisode pilote de la série met le spectateur directement dans le bain, en même pas 10 minutes que dure l’intro, la série nous offre plus que beaucoup de dtv d’actions, nous avons droit à une scène de sexe, un vol de voiture assez classique suivi d’une course poursuite à faire pâlir de jalousie n’importe quel réalisateur (bon ok, peut-être pas Michael Bay et Justin Lin) qui comprend un accident de voiture, une fusillade et un crash de bus. Bien sûr, tout n’est pas parfait, on voit légèrement les effets numériques mais pas de quoi s’énerver. S’ensuit un générique composé par Methodic Doubt, qui s’occupe habituellement des musiques de trailers. Choix culotté mais qui donne à ce dernier un aspect bande annonce épique pour la suite.

Le reste de l’épisode est une lente mise en place des pions pour le reste de la saison, où l’on voit le héros apprendre que la femme qu’il aime et pour qui il a pris 15ans de prison s’est remariée et a deux enfants. Le même héros en vient à prendre la place du futur nouveau sheriff par un concours de circonstances. A partir de là, Lucas Hood va rencontrer la faune locale de Banshee, composée de redneck, de amish, d’un maire tout droit sorti du lycée qui essaye de mettre en prison ce qui va être le grand méchant de la série, Kay Proctor (Ulrich Thomsen), l’ancien amish devenu entrepreneur et accessoirement petit parrain de la pègre locale.

Banshee est une série brut de décoffrage, à la violence sèche, aux paroles crues mais qui compense par un côté too much « jusqu’au boutisme » qui pourra plaire aux fans de séries B. Elle est une sorte de croisement entre le côté bouseux du fin fond des USA façon Justified et le style badass de Strike Back. Elle n’est pas la série de l’année, mais elle reste plaisante de par son côté «pour mec».

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