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Parce que le cinéma s’est souvent inspiré de la fête d’Halloween, et généralement pour le meilleur, la période paraissait propice à nos rédacteurs pour concocter un petit dossier spécial. Certains de nos journalistes livrent ainsi leurs Top 5 des films qui selon eux conviennent le mieux à une soirée Halloween. L’occasion de redécouvrir des pépites oubliées, mais aussi pour vous lecteurs d’exprimer dans les forums les Top 5 qui vous parlent le plus et de proposer vous-même les vôtres !

Les films Halloween le top de la rédaction

DAVID BRAMI

TOP 5 HALLOWEEN

  • Creepshow, de George A. Romero
  • Shining, de Stanley Kubrick
  • Thriller, de John Landis
  • BeetleJuice, de Tim Burton
  • Killer Clowns from Outer Space, de Stephen Chiodo

En ce qui me concerne, y’a pas photo. Creepshow est LE film d’Halloween. Je sais, c’est un peu facile de choisir un long métrage compilation mais jamais dans l’Histoire du cinéma une oeuvre n’a autant symbolisé cette fête par son festival de visuels chamarrés, de monstres divers (zombies, cafards agressifs et autres assimilés loups-garous) et d’acteurs en folie (Leslie Nielsen, Adrienne Barbeau, Ted Danson, Ed Harris, Stephen King…). Je me rappelle l’avoir découvert à une époque où la sixième chaîne française s’appelait encore TV6, et où il était de rigueur de braver l’interdiction parentale pour rester réveillé tard et regarder en cachette tout ce qui pouvait traiter d’au-delà, d’horreur et promettre une expérience créative digne d’intérêt. De celles qui vont alimenter vos conversations entre amis et cousins pendant des lustres. Et quelle découverte ce fut de réaliser que les films de monstres pouvaient également être funs, délirants et décomplexés sans pourtant jamais oublier de proposer une bonne flippe des familles ! Assurément pour moi une des pierres angulaires d’une culture comic book horrifique qui ne demandait qu’à s’épanouir, et toujours un classique aujourd’hui.

ROMAIN LE VERN

TOP 5 HALLOWEEN

  • Candyman, de Bernard Rose
  • Carnival of Souls, de Herk Harvey
  • Phenomena, de Dario Argento
  • Creepshow, de George A. Romero
  • L’échelle de Jacob, de Adrian Lyne

A Chicago, une femme désabusée (Helen Lyle, jouée par l’excellente Virginia Madsen), regard triste, clope à la main, écoute les confessions de jeunes filles sur la légende urbaine de Candyman, croque-mitaine qui trucide des anonymes avec un crochet planté à l’extrémité de son bras gauche. Et pour cause, elle écrit avec une amie une thèse sur les légendes urbaines. Au gré de son enquête, elle cherche à se renseigner sur Candyman en allant sur les lieux du crime dans les zones interlopes et donc peu fréquentables de Cabrini Green. Lors d’un dîner, elle apprend qu’il s’agit d’un esclave doublé d’un artiste assassiné un siècle auparavant. Il réapparaît de temps en temps tel un esprit maléfique pour punir ceux qui restent sceptiques à son existence et continuer à hanter les cauchemars. L’ambition du personnage est alors simple : démystifier une croyance populaire et décortiquer ainsi le mécanisme de la peur. Selon la rumeur, il suffit de prononcer Candyman devant un miroir à cinq reprises pour qu’il apparaisse. Ce qui est intéressant dans ce film totalement adéquat pour une soirée Halloween, c’est la façon dont Bernard Rose, réalisateur hélas oublié aujourd’hui et également auteur d’un très beau Paperhouse, instille l’angoisse avec une gestion virtuose des effets illustratifs : il lui suffit d’un décor insalubre, d’un mouvement de caméra subreptice ou d’une fausse piste pour faire monter la pression. Sa perversité est similaire à celle, sadomasochiste, de Clive Barker lorsque par exemple il laisse un personnage dans une pièce en insistant sur un danger imminent; alors qu’il ne se passe rien. La remarquable bande-son de Philip Glass confère une dimension lyrique à des moments précis et non à suggérer l’angoisse à tout prix (ce qui explique pourquoi la fin est si belle). Ici, ce qui fait flipper, ce sont justement les silences. Un peu comme lorsque Antonioni laissait une grande place au trouble étroitement lié à la découverte d’une monstrueuse affaire (réelle ou fantasmée) dans Blow Up. On retrouve d’ailleurs la même scène dans Candyman, lorsque Helen regarde des diapos et découvre à l’arrière plan le spectre du boogeyman sanguinaire. Il faut surtout voir un film viscéralement romantique sous son écorce horrifique : la bête (Tony Todd, en monstre vindicatif) et la belle (Virginia Madsen en ange déchu) incarnent des amants sacrifiés et deviennent progressivement les héros d’une parabole sur la peur de ce que l’on ne connaît pas et de ce qui nous dépasse (le contexte social qui sert en toile de fond est extrêmement bien exploité). C’est le meilleur film d’horreur des années 90, avec L’échelle de Jacob, d’Adrian Lyne.

Le retour de Evil Dead 2 le film

TOP 5 HALLOWEEN

  • Evil Dead 2, de Sam Raimi
  • La maison des 1000 morts, de Rob Zombie
  • Jeepers Creepers 2, de Victor Salva
  • Horribilis, de James Gunn
  • Massacre à la tronçonneuse, de Marcus Nispel

Evil Dead 2 peut à maints égards être considéré comme le film parfait pour Halloween car il cumule tous les ingrédients pour une soirée réussie, en tant qu’hybride entre la frousse que fait naître le premier et les éclats de rire provoqués par le troisième film, L’Armée des ténèbres. C’est que, si Halloween est bien une fête de la peur, c’est aussi un moment que l’on passe en général entre amis, dans une ambiance décontractée où cette peur devient un jeu. Et rien ne peut égaler en cela le film de Sam Raimi, qui replonge son héros Ash dans les horreurs du bois qui entoure sa cabane avec une furie cartoonesque, empilant les scènes d’anthologie où la performance de Bruce Campbell fait des étincelles (rien que la fameuse séquence du combat contre sa main, parfaitement représentative de cet état d’esprit). Devenu une sorte de personnage de dessin animé que son réalisateur prend un malin plaisir à tourmenter, à mettre dans les pires situations, il est un anti-héros parfait, d’autant plus qu’il verse souvent dans des méthodes bien expéditives pour se débarrasser des cadavéreux qui l’assaillent dans une cascade de gore et de sang bien jouissive. Très drôle, bien flippant et baignant dans le raisin qui tâche, Evil Dead 2 est une de ces péloches pensées entièrement en termes de plaisir cinéphiliques et de fun pour le spectateur et, rien que pour cela, constitue donc un choix idéal pour une soirée d’Halloween !

Son monstre parfait pour Halloween : Michael Myers (bien sûr).

FLORENT KRETZ

TOP 5 HALLOWEEN

  • Behind the Mask: the rise of Leslie Vernon de Scott Glosserman
  • The Burning de Tony Maylam
  • Au Service de Satan de Jeff Lieberman
  • Candyman de Bernard Rose
  • Sleepaway Camp de Robert Hiltzik

Behind the Mask est tout simplement de ces films honteusement oubliés des programmations françaises. Plutôt bien accueilli lors des différents festivals où il a traîné son masque, ce concept deux films en un aurait sans doute mérité beaucoup mieux qu’un oubli assez général. Deux programmes donc puisque la bande horrifique de Glosserman se scinde au bout d’une heure et change totalement d’approche. Ainsi, cette rencontre amusante et astucieuse avec Leslie, beau gosse fasciné par les boogeymen mythiques et qui s’est mis dans la tête de devenir lui aussi légendaire, passera véritablement à l’action dans sa seconde moitié. Débuté comme un reportage ludique avec retour sur les lieux légendaires d’Haddonfield, d’Elm Street ou même de Cristal Lake, bourré d’interviews du trentenaire déviant mais irrésistible, son envolée dans la folie sera sacralisée par la mise en pratique des codes et exigences du genre expliqués durant les entrevues ! Caméra portée et saturation sonore contre travelling et iconographie monstrueuse, toute l’essence du projet est là : créer de nos jours un Vrai croque-mitaine comme tous les Myers, Voorhees et autres Krueger qui pullulaient dans les glorieuses et sanglantes 80’s. Boosté par l’interprétation sans faille d’un Nathan Baesel bouleversant dans sa démarche psychopathe et désespérée, Behind the Mask est finalement une analyse plutôt intelligente d’un genre (le slasher movie) qui aura eu la vie dure. A découvrir absolument, le métrage est fatalement amené à devenir culte et ceux qui l’auront vu devrons se battre pour le faire connaître. Car il serait épouvantable qu’une telle merveille soit oubliée : élan le plus respectueux dans le revival horrifique, Behind the Mask est tout simplement LE film à découvrir pour Halloween.

Son monstre parfait pour Halloween : Leslie Vernon

Vampires l’un des pires filles d’horreur 

TOP 5 HALLOWEEN

  • Vampires, de John Carpenter
  • Les Griffes de la nuit, de Wes Craven
  • Massacre à la tronçonneuse, de Tobe Hooper
  • Vampire vous avez dit vampire, de Tom Holland
  • Jeu d’enfant, de Tom Holland

Certes, Vampires de John Carpenter, ce n’est pas vraiment le film qui vous explose le trouillomètre. Mais j’ai toujours adoré ce mélange improbable entre nouveau western et film d’horreur, où les vampires sont à la fois les proies et les prédateurs. Sans compter la classe internationale de James Woods en chasseur de suceurs de sang blasé et implacable. Daniel Baldwin et Sheryl Lee apportent au récit juste ce qu’il faut de dramaturgie pour qu’on s’attache suffisamment aux personnages, et Carpenter peut alors s’amuser à mettre en scène une véritable chasse à l’homme où les rôles s’inversent au fur et à mesure. Jouissif, sanglant, un bon petit cocktail pour une soirée Halloween, non ?

Son monstre parfait pour Halloween : Chucky la poupée tueuse

Pour faire simple, le Boogeyman est l’équivalent français du Croque-mitaine. Un monstre dont on parle aux enfants pour leur faire peur et les envoyer au lit. Selon certains, il serait à l’origine un loup-garou. Il est supposé se dissimuler de préférence dans les lieux sombres et fermés comme sous un lit, dans un placard ou dans une cave. Depuis, c’est devenu une figure illustre du slasher movie où un détraqué masqué s’acharne contre de pauvres adolescents en détresse. Ceux-là même qui apprennent à passer à l’âge adulte. Comme l’ogre, le croquemitaine se doit d’éveiller la méfiance des enfants afin de les rendre plus dociles. Les trois grandes figures du boogeyman au cinéma se prénomment Michael Myers, Freddy Krueger (dans la série du même nom et incarné par l’inénarrable Robert Englund) et Jason Voorhees pour trois films cultes : les respectifs Halloween, la nuit des masques, Les Griffes de la nuit et Vendredi 13. Soient un frère timbré qui a subi un lourd trauma, un cramé dont les griffes sont des lames de rasoir qui vient hanter les rêves d’adolescents et un débile castré par sa maman qui zigouille sans réfléchir tous les quidams qui croisent son chemin.

Si on considère que le boogeyman est une variation autour du grand méchant loup, un personnage mystérieux et inquiétant issu des contes, est-ce que La nuit du chasseur peut être considéré comme l’un des premiers films de boogeyman ? Les méchants des Vendredi 13 ou Scream sont des assassins, souvent masqués, qui tuent leurs victimes à l’arme blanche. Mais c’est essentiellement le sentiment d’angoisse ambiante et non la personnalité du tueur qui provoque la peur. Des contes modernes, comme la tétralogie d’Alien (au moins le premier Alien – Alien, Le huitième passager) ou la série de Les Dents de la mer recherchent l’effet inverse. Dans ces cas précis, la peur qu’il engendre vient de son caractère monstrueux et bestial. Le spectateur de ces films adopte le point de vue d’un enfant désarmé que les évènements dépassent, face à un ennemi physiquement plus grand et plus fort que lui. La nuit du chasseur, de Charles Laughton, propose un boogeyman à visage humain que l’on retrouvera par exemple dans des déclinaisons futures comme L’autre rive, de David Gordon Green. A l’époque, Laughton voulait supprimer toute notion de réalisme pour organiser les images sublimes d’un cauchemar éveillé. Composé de figures religieuses, de personnages sortis de contes, amplifiés par des jeux d’ombres et de lumières, le film propose l’un des premiers boogeymans : un croquemitaine annoncé par son ombre et un thème musical propre. Son habit de prêcheur est un leurre: il s’agit du diable en personne. L’enfer devient alors un pavé de bonnes intentions. Quelques années plus tard, le premier volet de la série Halloween a permis la découverte de Jamie Lee Curtis, estampillée Scream Queen de John Carpenter (qui selon les rumeurs incarnait lui-même par intermittences le tueur sous le masque dans son film). Mais aussi d’un tueur inhumain qui traque des ados pendant la fête d’Halloween. Le classique absolu du film de boogeyman récemment retouché par Rob Zombie.

Autres temps, autres genres : dans Jeu d’enfant, de Tom Holland, on découvre un boogeyman de genre spécial: une poupée hantée par l’esprit d’un tueur en série. La différence avec les autres, c’est que le propos repose sur un second degré assuré et des accents humoristiques qui invitent à la distanciation (en écho à la poupée, image innocente, qui commet des actes regrettables). Identiquement, dans Ca (Il est revenu), de Tommy Lee Wallace, avec dans l’un des rôles principaux le regretté Jonathan Brandis et Emily – Ginger Snaps – Perkins, le clown de Stephen King est incarné pour les besoins de l’épatant téléfilm par Tim Curry, revenu de son The Rocky Horror Picture Show. Son regard maléfique suffit à contraster avec son visage. Dans Leprechaun, un lutin devient un dangereux criminel quand on lui vole ses pièces d’or. Rien n’est plus effrayant que les oxymores. Clive Barker aurait certainement son mot à dire sur les boogeyman avec son Hellraiser qui après un premier volet très sérieux lorgne de plus en plus vers la parodie volontariste (même chose avec Freddy et ce dès un second volet aux propos pour le moins ambigus).

Mais la meilleure illustration récente du genre demeure Jeepers Creepers qui reposait sur des éléments classiques et traitait son histoire au premier degré. Tous les 23 ans, une créature maléfique surgie des profondeurs de la Terre, prend son envol et, durant 23 jours, sème la terreur et la mort. Son nom : le Creeper. Le miraculé Victor Salva (elle est loin l’époque de Powder) signe une série B très estimable qui, avec des moyens simples et économiques, use avec parcimonie des vertus de l’allusion et triture malignement les poncifs du genre. Le résultat est tellement enthousiasmant qu’il a marqué un tournant dans la production horrifique. Depuis, difficile de trouver un boogeyman qui ait une aussi fière allure.

Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow (2013)

Seule femme couronnée de l’Oscar du Meilleur réalisateur, pour avoir en plus mit en scène un film de mecs avec Démineurs, Kathryn Bigelow revient sous les projecteurs avec un long-métrage dont le sujet créera forcément la controverse. Mais qu’on se le dise, la réalisatrice ne s’est pas lancée dans ce projet pour être la première à pouvoir dessouder ben Laden sur le grand écran. L’ex-femme de James Cameron n’est pas de ceux qui prônent que la fin justifie les moyens, quitte à faire la guerre, emprisonner et torturer à volonté, tout en agitant la bannière étoilée. Bien qu’elle excelle dans les films d’action, Kathryn Bigelow garde un discours partial et toujours situé à la hauteur des personnages que sa caméra suit. À l’origine, le projet était de faire un film sur la traque infructueuse de ben Laden, se terminant sur l’échec de sa capture lors de l’attaque des grottes de Tora Bora. Alors que le scénario était terminé et les premiers repérages pour trouver les décors en train de se faire, l’annonce de la mort de ben Laden est tombée. Pour ne pas jeter tout le travail accompli à la poubelle, Kathryn Bigelow et le scénariste Mark Boal ont repris le film d’origine et ont adapter sa fin aux nouveaux événements.

La traque d’un dès plus grand criminel

Mettre en scène la traque de ben Laden moins d’un an après les faits est pour le coup un projet véritablement casse-gueule. La réalisatrice dissipe doutes et inquiétudes dès son ouverture. Après le long silence dans lequel sont plongés les logos des différentes productions, des voix se font entendre. Une date s’affiche au milieu de l’écran désespérément noir : 11 septembre 2001. Comme pour témoigner de l’overdose télévisée des images de l’attentat du World Trade Center, Kathryn Bigelow s’interdit tout visuel de cette tragédie pour n’en garder que le son. La succession et superposition de ces extraits de conversations téléphoniques tristement familières posent un climat particulièrement oppressant et déstabilisant pour le spectateur plongé dans le noir. La violence des premières images de Zero Dark Thirty nous explosent alors littéralement à la figure. Dans l’un des sites noirs secrets de la CIA, des agents américains encagoulés interrogent un suspect arrêté dont le corps présente déjà de nombreux signes de maltraitance. Kathryn Bigelow nous fait alors un inventaire des différentes techniques de torture utilisées par les forces armées des États-Unis contre les prisonniers djihadistes. Dans cette escalade de l’horreur, on ne sait plus qui mène l’interrogatoire quand la victime en redemande à des bourreaux dégoutés de leur œuvre. Comme on peut le comprendre ce film est loin d’être un film de dessin animé.

Un film caméra épaule

Filmé en caméra épaule, rien n’est épargné au suspect comme au spectateur, qui assiste en première loge aux conséquences de l’application de la politique belliciste de George W. Bush. Amalgame ou pas, Kathryn Bigelow va même jusqu’à recréer l’une des images les plus révoltantes de la seconde guerre en Irak où des soldats américains tenaient en laisse des détenus de la prison d’Abu Grahib. À l’époque, ces photos avaient fait le tour du monde. Aujourd’hui, elles hantent encore l’amer souvenir de ce combat pour la liberté et la démocratie. C’est dans ce contexte brutal qu’intervient le personnage de Maya, tenu par Jessica Chastain. Plongé dans ce milieu débordant de testostérone, Maya se présente d’abord comme une figure empathique qui doit s’imposer parmi les hommes. Son regard se détourne parfois devant les atrocités commises, mais son engagement dans ce combat reste détour. Néanmoins, son choix de favoriser une lutte plus psychologique que physique s’avère payant. Son objectif : Abu Ahmed, le messager des chefs d’Al-Qaïda. Lequel pourrait mener la CIA à localiser et capturer chacun d’entre eux.

Découpé en grands chapitres datés par les attentats (Londres, Islamabad), le long-métrage entre dans une deuxième phase suivant la piste de ce messager. Pendant que les années défilent, ces agents de la CIA loin de chez eux paraissent impuissants. Bien qu’elle filme les attaques en train de se faire, comme le bus des attentats de Londres de juillet 2005, Kathryn Bigelow maintien la plupart de ces événements à distance, rapportés aux personnages plus à travers la télévision que par leur renseignements officiels. L’arrivée d’Obama à la présidence passe aussi par là et les chamboulements liés au changement d’administration influent aussi sur leur action. Maya, elle, reste la même. Les obstacles et les échecs s’enchainent pour son équipe, avec des conséquences souvent tragiques. Cependant, la piste du messager qui semblait s’être refroidie se ravive. C’est dans cette partie que Zero Dark Thirty perd un peu du rythme qu’il tenait au départ. Un défaut dont la réécriture du projet serait responsable car, progressivement, le film fait alors la transition sur la piste de ben Laden.

Une forteresse

Avant d’en arriver directement à ben Laden, c’est d’abord sa forteresse d’Abbottabad au Pakistan que Maya découvre. Braquant ses satellites dessus jour et nuit et essayant de savoir ce qu’il se cache à l’intérieur, la CIA préfère observer cette étrange bâtisse avant de décider quoi que ce soit. De son équipe, Maya est l’une des dernières à avoir survécu à des représailles d’Al-Qaïda. Elle s’est enfermée dans l’idée de capturer ben Laden, certaine que c’est lui qui se terre dans cette maison. Les jours défilent sans résultats confirmant cette thèse. Maya les comptent au marqueur rouge sur la vitre de son patron (Mark Strong) pour le forcer à réagir. Parvenant à convaincre l’administration du succès d’une opération militaire sur cette forteresse, la CIA prépare alors avec les Navy Seals l’assaut du 2 mai 2011. Passant par la zone 51 et du mythe qu’elle véhicule dans la culture populaire, Maya briefe pour la première fois les soldats qui interviendront sur place, à bord de prototypes d’hélicoptères furtifs. En ouverture, le long-métrage commence avec un carton précisant que son scénario est basé sur des documents et rapports officiels. Pourtant, le degré de secret défense est souvent atteint et l’on est en droit de se demander qu’elle est la part de fiction dans le film de Kathryn Bigelow.

Les trente dernières minutes de Zero Dark Thirty

Les trente dernières minutes de Zero Dark Thirty sont consacrées à l’assaut des Navy Seals. Choix logique bien que particulier, le personnage de Maya n’existe plus le temps de l’opération. Présente dans le poste de commandement de la CIA, elle n’est plus que spectatrice des événements. Au décollage des hélicoptères, les cuivres d’Alexandre Desplat prennent également leur envol. On connaît peut-être la fin, mais c’est la manière qui créé toute la tension de cette séquence remarquablement orchestrée. Pendant le survol de nuit à basse altitude du relief montagneux pakistanais, la réalisatrice fait monter la pression entre une bande originale passant à un rythme plus soutenu et le bruit des rotors de plus en plus pressant. 00:30 ou « zero dark thirty » en jargon militaire américain (signifiant plutôt les dernières heures de la nuit), les Navy Seals mettent le pied à terre autour de la forteresse. Le long-métrage passent quasiment en temps réel pour filmer cette opération où toute musique n’a plus sa place. Pour Démineurs, Kathryn Bigelow avait mis de côté la vision de nuit verdâtre. Pour Zero Dark Thirty, la séquence impose un champ-contre-champ entre des vues en vert à la première personne et des plans de vraie nuit plus généraux. La progression dans la bâtisse minutieusement reconstruite se fait pas à pas, n’omettant aucun détail. Le silence est brisé par les explosions des portes, des cris, des coups de feu échangés, des pleurs d’enfants.

Arrivés au sommet du château, la tension est à son comble. Les Navy Seals en surnombre se gênent presque avant de savoir qui se cache vraiment. Pour la réalisatrice, Oussama ben Laden n’est plus qu’un fantôme. C’est une ombre, une forme dans le noir abattue dans un angle mort. « Jackpot, Géronimo ». Le nom de code pour confirmer que le dernier homme tué est bien le leader d’Al-Qaïda est prononcé alors que l’on prend son visage en photo comme preuve. Alors que la population des alentours se rapproche dangereusement des lieux de l’action, les Navy Seals pillent les documents et disques durs des ordinateurs sur place. On demande un sac mortuaire pour le dernier étage. Les militaires redécollent rapidement chargés d’un corps supplémentaire. Maya l’attend avec impatience pour être certaine que sa tâche est accomplie. Elle qui comptait les jours depuis que la CIA avait trouvé la maison. Maya peut repartir chez elle au petit matin, libre du travail dans lequel elle s’était emprisonnée toutes ces années. Comme son personnage principal, Kathryn Bigelow se débarrasse elle et Hollywood de la mort de ben Laden avec Zero Dark Thirty et pose la barre suffisamment haut pour qu’aucun homme ne puisse aborder à nouveau ce sujet sans un minimum d’intelligence et de savoir-faire.

Banshee, la nouvelle série totalement badass de Cinemax

Banshee est la nouvelle création de la chaine Cinemax, chaine du câble US qui diffuse les séries Strike Back, Hunted ou encore Femmes Fatales, en gros, que des séries de bons gouts. Pour mettre en avant cette dernière, la chaine a fait appel à Alan Ball pour apposer son nom sur la première création de David Schickler et Jonathan Tropper. Mais il ne faut pas se leurrer, Alan Ball n’a rien fait sur la série, ce qui n’est peut-être pas plus mal au final quand on voit la qualité de True Blood.

A noter que les deux créateurs ont aussi scénarisé les 10 épisodes qui composent la première saison, en résulte une cohérence dans l’histoire qui est fort appréciable ainsi que dans le comportement/approfondissement des personnages. Synopsis : Lucas Hood (Antony Starr), un ex-détenu de prison et aussi grand cambrioleur prend l’identité d’un sheriff tué. Tandis que son passé continu de le hanter, il impose une justice aussi radicale que violente à Banshee, ville à forte population Amish.

Autant le dire tout de suite, Banshee ne plaira pas à tout le monde, son style brut de décoffrage et le fait qu’elle s’assume en tant que pure série B bien badass en repoussera plus d’un. Il faut dire que la réalisation en full numérique et le choix de certains cadrages aident beaucoup. En résulte un côté too much et over the top qui se voit totalement assumé. Comme pour les deux autres grosses séries de Cinemax, il n’y a point de fioriture à l’image, pas de filtres à la Hawaii 5-0, pas de bande son hype façon Castle, pas de sur-découpage de l’image ou de Shakycam comme dans Southland, Banshee se veut en quelque sorte la descendante des films façon «Dirty Harry» ou encore «Death Wish», mais avec la touche HBO/Cinemax en plus, à savoir au moins une scène de sexe par épisode, la plupart du temps gratuite et assez inutile.

Le gros problème (surtout présent dans l’épisode pilote mais qui devient beaucoup moins visible dans le second et absent dès le troisième) de la série ne vient pas de sa réalisation ou de sa bande son qui est très bonne, mais plus de son casting. Il n’est pas mauvais en soit, mais il faut avouer que l’on a déjà eu le droit à beaucoup mieux. Par exemple le choix d’Antony Starr dans le rôle principal n’est pas le meilleur qu’il soit; Les gladiateurs de Spartacus sont bien plus expressifs et attachants que lui. Le pire est sans doute Hoon Lee qui se retrouve grimé en asiatique drag queen pro du cyber hacking et des faux papiers. Je doute que l’on puisse faire plus cliché et caricatural comme personnage, surtout que ce dernier débite des fuck toutes les deux phrases. Par contre, le point fort de ce casting vient d’Ulrich Thomsen (Centurion), qui joue le rôle du mafieux du coin, originaire de la communauté Amish de Banshee. C’est ce paradoxe entre ses origines et ce qu’il est maintenant qui donne toute sa saveur au personnage.

Une série pas comme les autres

L’épisode pilote de la série met le spectateur directement dans le bain, en même pas 10 minutes que dure l’intro, la série nous offre plus que beaucoup de dtv d’actions, nous avons droit à une scène de sexe, un vol de voiture assez classique suivi d’une course poursuite à faire pâlir de jalousie n’importe quel réalisateur (bon ok, peut-être pas Michael Bay et Justin Lin) qui comprend un accident de voiture, une fusillade et un crash de bus. Bien sûr, tout n’est pas parfait, on voit légèrement les effets numériques mais pas de quoi s’énerver. S’ensuit un générique composé par Methodic Doubt, qui s’occupe habituellement des musiques de trailers. Choix culotté mais qui donne à ce dernier un aspect bande annonce épique pour la suite.

Le reste de l’épisode est une lente mise en place des pions pour le reste de la saison, où l’on voit le héros apprendre que la femme qu’il aime et pour qui il a pris 15ans de prison s’est remariée et a deux enfants. Le même héros en vient à prendre la place du futur nouveau sheriff par un concours de circonstances. A partir de là, Lucas Hood va rencontrer la faune locale de Banshee, composée de redneck, de amish, d’un maire tout droit sorti du lycée qui essaye de mettre en prison ce qui va être le grand méchant de la série, Kay Proctor (Ulrich Thomsen), l’ancien amish devenu entrepreneur et accessoirement petit parrain de la pègre locale.

Banshee est une série brut de décoffrage, à la violence sèche, aux paroles crues mais qui compense par un côté too much « jusqu’au boutisme » qui pourra plaire aux fans de séries B. Elle est une sorte de croisement entre le côté bouseux du fin fond des USA façon Justified et le style badass de Strike Back. Elle n’est pas la série de l’année, mais elle reste plaisante de par son côté «pour mec».