Bienvenue chez les Ch’tis : Les dessous du succès

Bienvenue chez les Ch’tis : Les dessous du succès

Le nord de la France c’est l’horreur, il y fait toujours froid et les habitants sont tous très vieux et parlent une langue que seuls eux peuvent comprendre, le  »ch’timi ». Voilà, quelques-uns des préjugés que l’on porte traditionnellement à la région du Nord.

Le carton de Dany Boon

Des préjugés sur lesquels Dany Boon surfe dans  »Bienvenue chez les Ch’tis », une comédie sortie le 20 février dernier dans le Nord-Pas-de-Calais et une semaine plus tard dans le reste de l’Hexagone.

Un projet auquel beaucoup ne croyait pas et pourtant  »Bienvenue chez les Ch’tis » franchit la barre des 20 millions d’entrées au terme de sa douzième semaines d’exploitation, devenant ainsi le film français le plus vu de l’histoire Hexagonale.

Alors comment Dany Boon, qui en est seulement à son deuxième long-métrage en tant que réalisateur, a-t-il réussi à rendre la France entière complètement Ch’ti ?

Né dans une famille modeste, Dany Boon a passé son enfant et une partie de sa jeunesse à Armentières dans le Nord avant de tenter sa chance dans la capitale. Le Nord-Pas-de-Calais est donc une région qu’il connait parfaitement et le ch’ti, un dialecte qu’il maitrise sur le bout des doigts.

L’idée de faire un film qui balaierait les idées reçues qu’ont les Français sur le Nord murit depuis bien longtemps dans l’esprit de Danny Boon, avant même  »La maison du bonheur », son premier long-métrage sous la casquette de réalisateur, qui a attiré un million de spectateurs en 2006. Mais il hésitait à se lancer dans un tel projet car c’est un sujet qui lui tient à cœur :  »Tous les sujets sont importants, mais celui là l’est vraiment : c’est mon enfance, c’est ma région, c’est les gens…c’est mes frères quoi ! Ils comptent sur moi. »

Malgré ses appréhensions, Dany Boon se lance dans l’écriture, la réalisation et l’interprétation de ce film, et il aura raison puisque le succès sera immédiatement au rendez-vous.

Pour les quelques gaulois qui ont réussi à résister à l’invasion Ch’tis, en voici un résumé : Marié et père d’un petit garçon, Philippe Abrams, joué par Kad Merad, est directeur de la Poste de Salon-de-Provence. Pour faire plaisir à sa femme, Julie, au caractère dépressif, il décide de frauder afin de se faire muter sur la Côte d’Azur. Malheureusement, il est démasqué et pour le punir il est muter à Bergues, petite ville du Nord.

Pour Philippe et Julie, comme pour beaucoup d’autres, le Nord c’est l’horreur, les températures avoisinent celles du Pôle Nord, ses habitants sont de vieux rustres parlant un langage incompréhensible,  »le Cheutimi ». A son arrivée c’est un endroit très agréable, des habitants très accueillants, une équipe chaleureuse que Philippe découvre. Il se fait même un ami : Antoine, interprété par Dany Boon, le facteur et carillonneur du village.

Quand il retourne chez lui, Philippe avoue à Julie se plaire dans le Nord, ce qu’elle refuse absolument de croire, elle pense même qu’il lui ment pour la ménager. Pour se simplifier la vie et la satisfaire il lui fait croire que le Nord c’est aussi affreux qu’on le raconte.

Dès lors, sa vie s’enfonce dans un confortable mensonge : quinze jours durant, il s’amuse à Bergues avec ses collègues et un week end sur deux il se fait dorloter par son épouse. Tout va bien jusqu’au jour où Julie décide qu’il est grand temps pour elle de vivre cette difficile épreuve avec son homme. Philippe se voit donc contraint d’avouer à ses amis qu’il les a décrit comme des barbares à son épouse et les supplie de se comporter comme tel pour couvrir son mensonge et faire fuir Sophie.

Par amitié, ils acceptent mais voilà Sophie se rend rapidement compte de la supercherie.

Une histoire, certes, sympathique mais qui ne suffit pas à expliquer les 20 millions de téléspectateurs et le fait que le film soit sur le point de recouler le  »Titanic » de James Cameron, qui détient depuis 1998 le record absolu de fréquentation française avec 20 759 000 spectateurs.

Alors qu’est-ce qui différencie cette comédie des autres ? Réponse en cinq points.

Les acteurs : Dany Boon et Kad Merrad sont des acteurs simples, ils ne sont ni peu ni trop connus, juste ce qu’il faut pour que les spectateurs soient ravis de les voir au cinéma.

La maitrise du sujet : le Nord-Pas-de-Calais est l’un des thèmes préférés de Dany Boon. Il avait déjà évoqué sa terre natale dans  »Dany Boon à s’baraque et en Ch’ti », un one-man show présenté en 2003. Ce show a si bien marché que Danydécide lancer le sujet au cinéma. D’ailleurs on retrouve quelques répliques du spectacle dans le film.

Valorisation du patrimoine français : c’est bien connu, les films qui donnent une image valorisante de notre chère France a toutes les chances de caracoler en tête du box office, souvenez-vous du  »Fabuleux Destin d’Amélie Poulain ».  »Bienvenue Chez les Ch’tis », en présentant la région du Nord : ses paysages et ses traditions, n’échappe donc pas à la règle.

La bonne humeur : grâce à  »Bienvenue Chez les Ch’tis », les spectateurs rient d’un bout à l’autre du film. On se moque gentiment du nord et du sud, sans jamais blesser personne.

Une comédie familiale :  »Bienvenue Chez les Ch’tis » permet aux spectateurs d’oublier l’espace d’1h40, la dure réalité dans laquelle ils vivent. Politiquement très correct, le film n’aborde à aucun moment le thème du chômage, de la violence, de l’immigration ou encore de la montée du FN, rappelons tout de même que c’est dans le Nord, que le parti de Jean Marie Le Pen a le plus brillé lors des dernières élections municipales. De plus,  »la sexualité ne s’affiche pas outrageusement » ce qui devient rare de nos jours.

A tout cela il faut ajouter une excellente promotion. En effet, un mois avant la sortie du film le site internet Ch’tiNN s’occupait de promouvoir le film : bandes-annonces, extraits et interviews de Dany Boon passaient en boucle.

Le 20 février, le film sort en avant première dans trois départements du Nord, en une semaine 555 392 entrées sont enregistrées, du jamais vu dans cette région.

Ce succès se propage rapidement dans toute la France, grâce au bouche à oreille. Ainsi lors de sa sortie parisienne, le 27 février dernier, les Ch’tis réunissent 5775 spectateurs. Mais si le film de Dany Boon réalise le meilleur démarrage parisien c’est parce qu’il bénéficie d’un avantage certain sur les dix autres films à l’affiche des salles obscures ce jour-là.

Cet avantage c’est sa diffusion dans 26 salles parisiennes contre 15 pour  »There will be blood », 13 pour  »Taken », 15 pour  »Sans plus attendre » et 4 seulement pour  »The Mist »…

Aujourd’hui encore, le film est diffusé dans 491 salles françaises alors que ses concurrents ont presque totalement disparus des salles obscures.

Un triomphe relayé par les médias qui n’ont cessé de faire l’éloge du film. Paris Match écrit :  »Bienvenue Chez les Ch’tis » est la seule potion magique qui vous redonnera le moral ».  »Bien écrit, excellemment joué (…) il y a longtemps qu’on n’avait pas autant ri ni été ému par des choses simples et des amitiés vraies » lit-on dans le Parisien. Pour le Journal du Dimanche également, cette comédie est un sans faute :  »Kad Merrad et Dany Boon forment un tandem irrésistible. Une comédie généreuse où la bonne humeur est contagieuse. »

Les politiciens aussi sont contaminés par la vague Ch’tis. En effet, les élus du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais accordent une subvention de 600 000 euros à Pathé Production afin de promouvoir le film de leur Dany local.

Les Ch’tis envahissent même le Palais de l’Elysée, Nicolas Sarkozy organise une projection privée dans la salle de cinéma du Palais en présence de son épouse, Carla Bruni-SarkozyDany Boon, accompagné de sa femme et de sa mère, les deux ministres ch’tis du gouvernement, Jean-Louis Borloo (écologie) et Valéry Létard (Secrétaire d’Etat à la solidarité) ainsi que quelques élus du Nord-Pas-de-Calais.

Mais cette sur médiatisation et ces critiques ne servent pas que les intérêts du film puisqu’elles sont exploitées par certains esprits mal intentionnés. Samedi 29 mars, lors de la finale de la Coupe de la Ligue de Football opposant Lens au PSG, des supporters parisiens apparentés au kop de Boulogne ont déployé une banderole géante où l’on pouvait lire :  »Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch’tis ».

Cette  »banderole de la honte » a scandalisé le héros et réalisateur du film :  »Je suis révolté ! C’est honteux, c’est lamentable. J’espère que les gens qui ont fait cette banderole vont être punis, poursuivis et condamnés. Ce ne sont pas les Ch’tis qui mettraient une banderole aussi agressive, voire raciste. » Déclare Dany Boon au Parisien.

Une enquête judiciaire pour  »provocation à la haine ou à la violence » a été ouverte par le parquet de Bobigny. Des plaintes ont également été déposées par la Fédération Française de Football, la Ligue de Football Professionnel, les deux Clubs et le député-maire de Lens, Guy Delcourt. Le 30 avril 2008, le PSG a été condamné par la LFP à l’exclusion de la Coupe de la ligue de football 2008-2009.

Une sanction bien lourde voire exagérée comparée à celle infligée au FC Metz dans l’affaire Abdeslam Ouaddou. Souvenez-vous, le 16 févier dernier lors de la rencontre Metz-Valenciennes au Stade Saint-Symphorien, des insultes racistes sont proférées à l’encontre du capitaine marocain de l’équipe de Valenciennes, Abdeslam Ouaddou, par un supporter Messin.

Conséquences ? Le parquet de Metz requiert trois mois de prison avec sursis, mise à l’épreuve et trois ans d’interdiction de stade à l’encontre du supporter messin. La commission de discipline sanctionne le club Messin d’un retrait d’un point et d’un match à huit clos.

Une  »décision inique » selon le directeur général délégué du FC Metz, Patrick Razurel,  »surpris par la lourdeur de la sanction’ il décide de trouver la meilleure façon de réagir à cette décision et d’utiliser tous les recours juridiques ».

Et il y parvient puisque le 8 avril, la commission supérieure d’appel de la Fédération française de football décide l’annulation du retrait d’un point mais confirme le match à jouer à huis clos.

La justice fait preuve de cette même clémence dans l’affaire du joueur Burkinabé de Libourne (Ligue 2), Boubacar Kebe, victime, lui-aussi, d’insultes racistes de la part de supporters corses. Bastia se voit retirer un point au classement du Championnat de Ligue.

Une sanction contestée par le club corse qui, en appel, réussit à obtenir la suspension de cette sanction, le tribunal retenant  »un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ».

Il semble donc qu’en France magrébins, africains et Ch’tis ne soient pas tous égaux devant la justice.

Mais si ce geste a scandalisé la France entière pour Jean-Marie Le Pen il ne s’agit que d’  »une bulle de savon. On sait qu’il y a des banderoles plus ou moins fines, intelligentes et de bon gout. » Selon lui,  »on a monté cette affaire de façon dérisoire, d’autant que – je vais peut-être choquer beaucoup de gens – j’ai trouvé le film qui en était à l’origine très médiocre. »

Le leader du Front National reproche au film et aux deux têtes d’affiche, leur manque de crédibilité :  »J’ai vu ce film, je ne l’ai pas trouvé bon. Est-ce que c’est mon droit ? Est-ce que j’ai le droit de le dire encore en France ou bien est-ce que c’est subversif ? Est-ce que c’est contraire à je ne sais quelle religion ? Moi, je connais bien le Nord et le Pas-de-Calais, et les gens du Nord ils ne ressemblent pas aux héros de ce film. C’est bien normal : vu qu’ils sont arabes tous les deux ». A-t-il déclaré dans un reportage de l’émission  »C dans l’air » de France 5.

Jean-Marie Le Pen a du mal à comprendre comment  »une telle foucade médiocre ait pu rassembler 20 millions de spectateurs ».  »Je crains que ce ne soit un signe de la décadence de l’esprit français » déclare-t-il.

Et au risque de se mettre la France à dos, on avoue que nous aussi, on a du mal à comprendre. Ce n’est pas le talent d’acteur de Dany et Kad que nous remettons en question, contrairement à Jean Marie Le Pen, mais les qualités de scénariste et réalisateur de Dany.

Cette comédie est selon nous la grande arnaque de l’année. Danny en réalisant ce film avait pour objectif de combattre les clichés que l’on porte habituellement à la région du nord, en réalité il ne fait que les confirmer.

En effet, tous les personnages du film sont gentils au point d’être naïfs, sont alcooliques au point de ne pouvoir refuser un verre quand on leur propose et aucun d’eux n’a de poste haut placé, le seul cadre est celui qui n’est pas de la région.

De plus, le film ne fait pas rire, contre à ce que l’on peut lire dans la presse, tout juste sourire. Les quelques répliques drôles sont celles empruntées au spectacle  »Dany Boon à s’baraque et en Ch’ti », et qui donne une impression de déjà entendu.

Mais là, où Dany a vraiment tout faux, c’est lorsqu’il nous affirme que les Berguois parlent ch’timi alors qu’en réalité ils parlent le Flamand. Une erreur impardonnable pour l’enfant du pays.

Alors comment Dany a-t-il réussi à voler la vedette à Louis de Funès ? Tout simplement grâce à l’hypocrisie des médias qui depuis la sortie du film ne cessent de faire l’éloge du Nord, de ses beaux paysages et de ses gentils habitants alors qu’auparavant les seules images qui nous parvenaient de cette région est un lieu en déclin, des usines en faillite…

 »Bienvenue Chez les Ch’tis » est donc une énorme arnaque soutenu par les médias mais qui a malgré tout réussi à créer une véritable Ch’ti mania en France.

Selon Jacques Martel, vice président de l’Office de Tourisme de Bergues,  »depuis la sortie du film, la ville se voit envahie de gens mitraillant tout sur leur passage (…) dès que vous allez quelque part en France quand on voit sur votre chèque Bergues, on sourit…on se souvient du film et on sait exactement d’où vous venez. Pour une ville de 4.306 habitants, perchée au nord du Nord, ce n’est pas mal ! » déclare-t-il.

Jacques Martel nous confie également que ce succès a profité au commerce de la ville :  »un certains nombre de commerçants avouent même des hausses substantielles de leur chiffre d’affaires. »

Malgré beaucoup d’erreurs Dany Boon a réussi à redorer l’image de sa région natale, aujourd’hui le nord est une région que l’on apprécie et que l’on a envie de découvrir. Alors aura-t-on droit à un  »Bienvenue chez les Ch’tis 2 » ? Espérons que non…