La télé-réalité, une espèce en voie d’extinction ?

La télé-réalité, une espèce en voie d’extinction ?

Après trois mois de dur labeur, Amandine a réussi à remporter la finale de l’émission A la recherche de la nouvelle star diffusée sur M6. Ainsi, elle succède à Jonathan CerradaMyriam Abel ou encore Julien Doré.

Une star supplémentaire confectionnée par la télé-réalité, un concept qui s’essouffle chaque année un peu plus et qui pourrait très bientôt disparaitre définitivement de nos écrans de télévision.

Les plus âgés d’entre vous se souviennent certainement de An american family, la première émission de télé-réalité diffusée aux Etats-Unis en 1973. Ce show relatait le quotidien des Loud, une famille aisée de Santa Barbara. De ce concept sont nées plusieurs émissions de télé-réalité partout dans le monde.

En France la télé-réalité s’immisce dans les foyers en 2001 avec Loft Story sur M6. Onze jeunes gens acceptent d’être enfermés ensemble pendant dix semaines dans un loft de 225m2, avec piscine et jardin guetté par 26 caméras et 50 micros. Cette émission remporte un vif succès, tout le monde ne parle plus que de Loana et de sa fameuse partie de jambes en l’air dans la piscine avec Jean-Edouard, d’Aziz de Kenza ou encore de Steevy.

Suite à ce succès national, plusieurs autres émissions de télé-réalité sont créées la même année : Star AcademyKo-LantaPop Star… Ce nouveau concept plait aux Français mais la nouveauté ne suffit pas à expliquer ce triomphe. C’est peut-être parce que la télé-réalité assouvi notre voyeurisme que nous en sommes si friands. De plus, nous nous identifions aux candidats de ces émissions, au départ pas du tout connus, ils deviennent rapidement des stars, on parle d’eux dans tous les médias télévision, radio, journaux…forcément cela fait rêver, nous attire et booste l’audience.

Un concept qui rapporte gros

D’après le journal Le Monde, la finale de la première saison de Star Academy a réuni plus de onze millions de téléspectateurs soit plus que le soir du premier tour des élections présidentielle ! Un exploit qui fait le bonheur du groupe Endemol, fondateur de la Star Ac’, de Loft Story, et de la plupart des émissions de télé-réalité. Pour ce groupe, la Star Ac’ se révèle être une véritable mine d’or puisque 30% de son chiffre d’affaires en provient.

Mais Endemol n’est pas la seule à profiter de ce succès : en effet, pour les chaines aussi la télé-réalité c’est le jackpot. TF1 par exemple débourse en moyenne 35 millions d’euros par saison pour Star Academy et dégage au final un bénéfice de plus de 100 millions d’euros grâce aux publicités, sms payants, albums et tournée qui suivent.

Pour les candidats, les profs, et les présentateurs, la télé-réalité ‘’ce n’est que du bonheur’’. Jusqu’en 2006, Endemol versaient aux académiciens une prime d’entrée de 8000 € et 600 € par semaine de présence. Depuis 2006, il n’est plus question de salaire mais les élèves perçoivent un pourcentage sur les ventes des albums, l’enregistrement des voix pour les sonneries de portables… Ceux choisis pour la tournée gagnent environ 200 € par soir. Mais la plus grosse part du gâteau est pour le finaliste : un million d’euros pour l’enregistrement de son premier album studio.

Le salaire des profs de la Star Ac’ peut aller de 30 000 à 150 000 € par saison et Nikos Aliagas, l’indispensable monsieur Loyal de l’émission, empoche environ 216 000 € à la fin des quatre mois d’aventure.

Les échecs de la télé-réalité

Et des euros Endemol, TF1 et Nikos continueront d’en empocher puisque Star Academy, après sept saisons, continue d’exister. Un exploit comparé aux autres émissions de télé-réalité qui n’ont jamais réussi à franchir le cap des trois ans (Loft StoryLa ferme célébritéBachelor…).

Les programmes qui allient télé-réalité et divertissement, aventure ou création d’artistes, les Français adorent et en redemandent. Koh Lanta, créée la même année que Star Academy, est aujourd’hui aussi suivie qu’à son lancement, il en va de même pour Pékin Express ou La Carte au Trésor sur France 3.

Par contre, les émissions trop scénarisées, violentes ou humiliantes pour les candidats n’ont plus du tout la cote. Par exemple, Le royaume diffusé sur TF1 en 2006 a été déprogrammé deux semaines seulement après son lancement faute d’audience. L’idée de cette émission était de replonger 14 candidats dans l’univers du Moyen-âge. Séparés en deux groupes, les candidats se battent pour accéder au trône et remporter les 100 000 € mis en jeu.

Trop scénarisé, pas assez spontané, les Français ont boudé le programme qui est rapidement tombé aux oubliettes. Le même sort s’est abattu sur Je suis une célébrité, sortez-moi de là  présenté par Christophe Dechavanne et Jean-Pierre Foucault. Bien que très médiatisé ce jeu n’a été que très peu regardé, seuls six millions de Français ont suivi la finale.

Un succès éphémère

Si pour les chaines de télévision, la télé-réalité peut rapporter gros, pour les candidats strass et paillettes ne durent qu’un temps. Qui se souvient encore de kamelDavid ou Angela ? Personne normalement et pourtant ils avaient marqué les esprits, lors de leur passage à Loft Story 2, notamment grâce à des répliques en or comme  ‘’C’est ce quoi le thyme ?’’, ‘’Les gens tu les emmerdes avec un grand A’’, ‘’ingénue, ça vient de génie et après y a ingénieur aussi’’ et j’en passe et des meilleures !

Si presque tous retombent dans l’anonymat après leur court passage à la télé, les gagnants, eux, restent sous les feux des projecteurs. C’est le cas de Jenifer, la première gagnante de la Star Academy. Totalement inconnue avant son entrée au château, elle est aujourd’hui l’idole des jeunes. Nolwenn, s’en sort également très bien depuis son passage dans la Star Ac’ 2Christophe WillemMyriam Abel ou encore Julien Doré, les vainqueurs de A la recherche de la nouvelle star, jouent eux aussi dans la cour des grands aujourd’hui.

Les perdants sont les gagnants

Mais certains téméraires, bien que recalés par le public et les profs, ont quand même tenté une carrière solo. C’est le cas de Chimène Badi qui depuis son éviction de Popstars est devenues l’une des plus grosses vendeuses de disques en France. Grace à sa voix forte et puissante elle a su séduire un public comme elle qui n’ont pas une vie ou un physique facile.

Amel Bent, bien que virée par le jury de A la recherche de la nouvelle star, criait haut et fort lors de sa sortie qu’elle allait faire parler d’elle. Huit mois plus tard, cette jeune banlieusard sort son premier album studio Ma philosophie et gagne le titre de nouvelle figure du R’n’B français. En 2007, parait son deuxième album A 20 ans, un opus auquel participent Pascal Opisbo et Charles Aznavour.

Lucide, la chanteuse admet que sans son passage à l’émission de M6 elle aurait eu du mal à percer dans le monde de la musique. Un aveu fait par Olivia Ruiz également. Perdante de la première Star Academy, la jeune femme reconnait que cette émission lui a apporté un sérieux coup de pouce, mais tente de se détacher de l’étiquette Star Ac’. Après plusieurs échecs, elle parvient à convaincre des grands de la musique française tels que JulietteChet ou encore le groupe Weeper Circus de travailler avec elle. En 2007, son album La femme chocolat est certifié disque de diamant avec plus d’un millions d’albums vendus.

Quel est l’avenir de la télé-réalité ?

S’il est incontestable que la télé-réalité a triomphé à ses débuts, aujourd’hui on s’aperçoit qu’il y a un faible ralentissement. Certaines émissions sont boudées dès leur lancement (Le Royaume, Je suis une célébrité sortez moi de là) tandis que d’autres comme la Star Academy ou encore A la recherche de la nouvelle star s’accrochent et multiplient les saisons malgré une nette baisse d’audience.

Le futur de la télé-réalité reste donc incertain mais difficile d’imaginer une télé sans reality-show, à moins qu’un nouveau concept ne parvienne à détourner l’attention téléspectateurs…